L’opération «
Bloquons la république des pollueurs
» s’est révélée d’une ampleur inédite. Vendredi 19 avril, plus de 2.000 activistes écologistes ont bloqué les sièges d’
EDF,
de la Société Générale et de Total à la Défense, ainsi que le ministère
de la Transition écologique. C’est la plus grande mobilisation de
désobéissance civile non violente jamais organisée en France. Récit en
mots et en images.
- La Défense (Hauts-de-Seine), reportage
Vendredi peu avant 9 h, [des activistes ont bloqué les entrées de trois différentes entreprises , à La Défense —
EDF, Société générale et Total — ainsi que le ministère de la Transition écologique. Tandis que certains se sont assis, en
« chenille »,
devant les portes et à l’intérieur des bâtiments, des colleurs ont
entrepris de décorer l’espace et de taguer le sol, avec des slogans.
« Macron, président des pollueurs », pouvait-on lire un peu partout.
Lire ici notre récit détaillé et chronologique durant la journée de vendredi
Des portraits présidentiels, réquisitionnés par dizaines depuis le
21 février dans les mairies par les activistes d’Action non-violente
COP21 (
ANV-
COP21),
afin de dénoncer le vide de la politique climat d’Emmanuel Macron, ont
également fait leur apparition. Ils ont été placés à l’intérieur et à
l’extérieur des tours,
« afin de symboliser les réels lieux de pouvoir en France ».
Des affiches du président de la République ont également été accolées à
des écrans publicitaires. La peinture et la
colle utilisées pour cette
transformation visuelle de l’espace étaient bios, ont assuré les
activistes.
« La République des pollueurs, a déclaré à
Reporterre la porte-parole d’Alternatiba Pauline Boyer,
c’est
l’alliance toxique entre les grands patrons des entreprises les plus
polluantes et le gouvernement qui verrouille la lutte écologique et
reste sourd à la mobilisation. Il est temps de faire de la désobéissance
de masse. Tant que la politique du gouvernement se fera sous la
pression des lobbies, Macron sera président de la “République des pollueurs”
et on sera là pour lui barrer la route. » L’action a été pensée et organisée par Greenpeace France, Les Amis de la Terre, Alternatiba et
ANV-
COP21.
« La Société générale, c’est la dernière banque à financer les gaz de schiste »
Alice, 29 ans, faisait sa première action de désobéissance civile. En
« chenille », elle bloquait une des entrées de la Société générale avec une dizaine d’autres personnes au moment où on leur a annoncé la
« bonne nouvelle », autour de 9 h 30 :
« Toutes les cibles visées ont été atteintes et des personnes se trouvent dans chacun des bâtiments visés. »
Les activistes ont redécoré les lieux avec des affiches, des banderoles et des portraits présidentiels « réquisitionnés ». © NnoMan/Reporterre
Très vite, les policiers sont arrivés sur place, mais sans pouvoir
empêcher les blocages. Quelques gaz lacrymogènes ont été envoyés, mais
aucune action d’évacuation n’a été lancée dans la matinée. Les
médiateurs, aussi appelés
« peace keepers »,
avaient pour mission d’échanger avec les salariés des entreprises
bloquées, et de leur expliquer l’action. Certains employés se sont
montrés solidaires, d’autres très énervés.
« La majorité d’entre eux étaient d’accord avec le message de notre action mais pas avec la méthode de blocage, nous a raconté Marc, devant la Société générale.
Ils trouvent que c’est toujours la Société générale qui prend alors
qu’il y a d’autres banques. C’est vrai, mais c’est la dernière banque à
financer les gaz de schiste. Quand on leur a dit qu’on est aussi
présents à EDF, à Total et au ministère, ils se sont détendus. Certains, des jeunes surtout, nous ont même dit merci. » À 10 h, les chanteurs
HK et Kalun ont donné des concerts sous le soleil, devant
EDF et la Société générale, participant à détendre l’ambiance.
Jon Palais, l’un des porte-parole d’
ANV –
COP21, a précisé à
Reporterre le choix des
« cibles » :
On bloque le siège de la Société Générale, la banque française numéro
Un des énergies les plus sales. On bloque le siège de Total, qui fait
partie des vingt entreprises les plus émettrices de CO2 au monde, et qui continue une logique extractiviste des énergies fossiles. On bloque le siège d’EDF, dont le mix énergétique, 10 % de renouvelables pour 70 %
de nucléaire, ne permet pas de relever le défi climatique. Et on bloque
le ministère de la Transition écologique et solidaire, qui est le
complice de ces politiques des multinationales, puisqu’il autorise des
projets qui vont totalement à l’encontre de tout ce que recommandent les
climatologues : il autorise l’importation d’huile de palme par Total,
ce qui va aggraver la déforestation donc le dérèglement climatique. Il
autorise le projet de la Montagne d’or en Guyane qui va entraîner de la
déforestation. Il autorise de grands projets d’infrastructure comme le
Grand contournement ouest de Strasbourg. »
Vous pouvez relire nos articles sur ces différentes entreprises :